Un enfant peut crier, taper ou hurler sans raison apparente, même dans des familles où la communication semble fluide. Certaines réactions parentales, pourtant bien intentionnées, aggravent parfois la situation au lieu de l’apaiser.
La colère répétée n’indique pas systématiquement un trouble du comportement. Des facteurs physiologiques, comme la fatigue ou la faim, jouent souvent un rôle sous-estimé. L’environnement familial et la posture adoptée face à ces débordements influencent fortement leur fréquence et leur intensité.
Pourquoi les enfants se mettent-ils en colère aussi souvent ?
Chez l’enfant, la colère ne relève pas du caprice : elle envahit, déborde, s’impose sans prévenir. Les neurosciences nous rappellent que la maturité émotionnelle s’acquiert lentement, parfois bien après l’entrée à l’école. Faute de vocabulaire, l’enfant tâtonne, se heurte aux limites, explose parfois à la moindre contrariété. Entre deux et quatre ans, la crise de colère devient quasi rituelle. Cette phase d’opposition s’accompagne du fameux « non », de l’irruption de la frustration, de tests permanents des frontières parentales.
Le psychologue Paul Ekman a classé la colère parmi les émotions universelles : elle voisine avec la peur, la joie, la tristesse, la surprise et le dégoût. Mais l’enfant n’a ni recul ni méthode pour gérer ce qui le traverse. Un bouton de chemise qui résiste, une attente trop longue, un parent absorbé par son téléphone : et soudain, la tension explose. La fatigue, la faim, un changement de routine ou une absence d’attention parentale cristallisent l’orage.
Quelques éléments reviennent souvent dans le déclenchement de ces tempêtes :
- Frustration : la soif d’autonomie se heurte sans cesse à des limites qui semblent arbitraires.
- Fatigue ou faim : le corps d’un petit ne tolère pas longtemps ces besoins insatisfaits.
- Changement environnemental : un déménagement, une rentrée, l’arrivée d’un bébé bouleversent l’équilibre fragile.
- Manque d’attention parentale : l’enfant s’agite pour retrouver sa place dans le regard de l’adulte.
Le développement de l’enfant avance au rythme de ces secousses émotionnelles. Pour les spécialistes, la multiplication des crises de colère n’a rien d’anormal : elle signe simplement l’apprentissage, long et chaotique, du pilotage émotionnel.
Reconnaître les signes annonciateurs d’une crise
Pour anticiper une crise de colère, il faut savoir lire entre les lignes du comportement. Avant que tout ne bascule, le corps de l’enfant parle : sourcils froncés, mâchoire tendue, agitation qui prend de l’ampleur. Les mains serrées, les épaules raides, la voix qui devient plus sèche : autant de signaux qui annoncent la montée de la tension. Certains enfants soupirent, s’éloignent, d’autres cherchent activement à attirer l’attention ou deviennent subitement silencieux. La frustration affleure, l’émotion monte.
La fatigue, la faim ou un imprévu dans la routine glissent comme des allumettes sur un sol sec. Un simple refus, une consigne incomprise, une attente mal vécue : la crise surgit sans préavis. L’enfant, encore incapable de décoder tout ce qu’il ressent, agit dans l’instant. Sa réaction déborde souvent les faits, mais traduit un besoin d’être entendu, reconnu ou sécurisé.
Prendre le temps d’observer, c’est pouvoir intervenir avant la déflagration. Les parents attentifs repèrent ces indices : un regard qui fuit, un jeu qui tourne mal, un silence qui s’installe. Les professionnels, lors de la Semaine Nationale de la Petite Enfance, insistent sur l’importance d’une écoute active. Mettre des mots simples sur ce qui se passe, inviter l’enfant à parler avant que la crise n’éclate, aide à désamorcer la tension.
Voici quelques repères pour mieux repérer les signaux d’alerte :
- Observer les gestes, l’attitude, les mimiques qui trahissent la montée de la colère
- Identifier les moments sensibles : transitions, contrariétés, fatigue en fin de journée
- Installer un climat de sécurité affective pour éviter l’escalade émotionnelle
Avec une vigilance souple et une présence qui rassure, l’adulte aide l’enfant à traverser ses tempêtes sans s’y perdre.
Des astuces concrètes pour apaiser les colères au quotidien
Rien de plus rassurant pour un enfant qu’une routine stable. Les horaires réguliers pour manger, dormir, jouer, jalonnent la journée et limitent les imprévus, souvent sources de tension. Les règles posées clairement, expliquées avec calme, servent de balises. Une consigne comprise évite bien des malentendus.
Un coin calme change la donne : cet espace, pensé pour le retrait volontaire, accueille l’enfant loin du bruit. Quelques objets doux, des livres, un coussin invitent à l’apaisement. Il ne s’agit pas d’une punition, mais d’un lieu où retrouver son équilibre émotionnel. Les boîtes de retour au calme, balles anti-stress, bandes dessinées, cartes de respiration, rendent concrets les outils pour s’apaiser.
La verbalisation joue un rôle clé. Encourager l’enfant à exprimer ce qu’il ressent, à mettre des mots sur sa colère, ouvre la voie à la régulation émotionnelle. Les Émoticartes ou le « monstre mangeur de colère » sont des supports ludiques qui facilitent cette démarche. L’adulte, en adoptant une communication non violente, accueille sans juger, propose une alternative à l’explosion.
Voici quelques pistes à expérimenter pour accompagner l’enfant dans ces moments délicats :
- Proposer des activités apaisantes : dessin, pâte à modeler, histoires, exercices de respiration
- Miser sur l’exemplarité, la cohérence et l’empathie ; les enfants apprennent d’abord en observant
- Écarter les punitions humiliantes, qui renforcent la frustration et minent la confiance en soi
Lorsque les crises de colère se multiplient ou deviennent particulièrement violentes, il est judicieux de faire appel à un professionnel de santé mentale : pédopsychiatre, psychologue, ou accompagnant parental. Chaque histoire familiale mérite une réponse sur mesure.
Partager ses expériences entre parents : l’entraide qui fait la différence
Vivre les colères d’un enfant use parfois la patience, laisse place au doute et à la fatigue. Pourtant, s’ouvrir à d’autres parents, échanger ses expériences, modifie la perspective. Dire ce qui pèse, entendre que d’autres traversent les mêmes orages, redonne de l’air. Discussions à la sortie de l’école, ateliers de parentalité, forums spécialisés : partout, le constat se répète. Personne n’a de baguette magique, et surtout, personne n’est seul face à ces défis.
La solidarité parentale fait émerger des solutions concrètes et adaptées à chaque contexte. Certains familles s’orientent vers des dispositifs collectifs, comme le coaching parental SOS colère, pour apprivoiser les colères récurrentes. D’autres sollicitent un médiateur familial pour apaiser des conflits qui s’enlisent. Les outils proposés par « La Tribu Happy Kids », Kit Respire et Souffle, Kit de Médiation Émotionnelle, Mes Cartes Bien-Être, circulent de foyer en foyer, s’ajustent à chaque enfant, à chaque famille.
Portée par la culture de l’éducation positive, l’entraide incite à prendre du recul, à ajuster sans culpabiliser. Les discussions entre parents desserrent l’étau des modèles tout faits. La Semaine Nationale de la Petite Enfance multiplie les ressources et les espaces de rencontre pour nommer les émotions et enrichir les réponses aux crises. Partager, c’est reconnaître que la difficulté fait partie du chemin, c’est valider l’imperfection et renforcer la confiance en la capacité de chacun à avancer.
Une famille qui traverse la tempête, c’est aussi une famille qui apprend, qui grandit. Et si la prochaine crise n’était qu’une nouvelle occasion de grandir côte à côte ?


